ION Journal Roadtrip to Namibia

ROAD TRIP EN NAMIBIE

Notre team kite a récemment pris la route depuis Le Cap, en Afrique du Sud, jusqu’en Namibie, à la recherche de plages désertes, d’images épiques et de vents sauvages.

Mais ce qu’ils ont trouvé allait bien au-delà d’un simple trip pour filmer du contenu. Ce road trip s’est transformé en une véritable aventure, rythmée par des expériences inoubliables qui resteront longtemps gravées dans leur mémoire.

Texte de Xander Raith

ION Journal Kite Roadtrip to Namibia

LÀ OÙ UN DÉSERT S’ARRÊTE, UN AUTRE COMMENCE

Nous sommes tous les cinq sortis des véhicules, les yeux plissés le temps de nous habituer au soleil brûlant qui nous frappait de plein fouet après le confort climatisé des voitures. Où que l’on regarde, le même paysage s’étendait à perte de vue : une immensité aride qui semblait ne jamais finir.

Cela faisait près de huit heures que nous roulions et, pendant tout ce temps, nous avions croisé à peine une poignée de véhicules. J’avais déjà traversé plusieurs déserts auparavant, mais ici, l’ampleur de notre isolement était difficile à saisir. La route vide devant nous était notre seul véritable repère, nous guidant vers les quelques villes isolées qui ponctuaient ces vastes étendues. Nous nous sommes dégourdi les jambes, avons pris quelques photos, changé de conducteur, puis repris la route, toujours plus loin dans ce paysage blanchi par le soleil.

Il y a des voyages dont on rêve, d’autres que l’on redoute peut-être, et puis ceux auxquels on n’aurait tout simplement jamais pensé. Cette traversée du désert jusqu’à la côte namibienne faisait clairement partie de la dernière catégorie. Pourtant, lorsque l’occasion s’est présentée, aucun de nous cinq n’a hésité à faire ses valises et à partir pour l’Afrique.

Andrea Principi, Noe Font, David Mariot, Craig Kolesky et moi-même étions de l’aventure. À la mi-janvier, nous avons chargé deux véhicules avec tout ce dont nous avions besoin pour camper, notre matos de kite et plus de néoprène qu’il n’en fallait, avant de prendre la route depuis Le Cap, en Afrique du Sud, direction la côte namibienne.

ION Journal Namibia
ION Journal Namibia

Les véhicules sont un incroyable moyen de transport, mais aussi une façon unique de vivre un voyage.

L’avion est sans doute le moyen le plus efficace d’aller d’un point A à un point B. Mais lorsque tu traverses le ciel enfermé dans une boîte en métal, tu passes à côté de tout ce qui se trouve en dessous : chaque irrégularité de la route, chaque point de vue, chaque animal croisé en chemin, chaque station-service perdue au milieu de nulle part et surtout, la possibilité de voir le paysage se transformer sous tes yeux.

Quand David a proposé l’idée d’un road trip jusqu’en Namibie, j’ai essayé d’imaginer à quoi cette aventure pourrait ressembler. Et franchement, j’étais loin de la réalité.

Le Cap disparaissant peu à peu dans notre rétroviseur, les routes goudronnées se sont faites de plus en plus désertes. Puis, progressivement, l’asphalte lisse sous nos roues a laissé place aux vibrations des pistes de terre.

Plus nous avancions vers le nord, plus la végétation se raréfiait. Les terres fertiles se transformaient peu à peu en une poussière presque lunaire et, à chaque kilomètre parcouru, nous nous éloignions un peu plus du confort de la vie moderne.

À plusieurs reprises pendant ces 14 heures de route, je me suis demandé ce qui se passerait si nous tombions en panne, immobilisés à plusieurs heures du moindre endroit où trouver de l’aide. Quand tu t’éloignes autant de la civilisation, surtout dans un environnement aussi extrême, le moindre imprévu peut rapidement avoir de lourdes conséquences. Difficile de ne pas y penser.

Heureusement, nous n’avons rencontré aucun problème. Grâce au soutien de Front Runner, nous disposions de véhicules tout-terrain parfaitement équipés pour ce type d’aventure, nous apportant ce sentiment de confiance et de fiabilité indispensable lorsque tu t’aventures aussi loin dans l’inconnu.

ION Journal Kite Trip to Namibia

« Je n’avais encore jamais affronté des vents d’une telle violence, aussi soutenus et constants. »

À mesure que nous approchions de notre destination et que le paysage se transformait, les conditions météo changeaient elles aussi radicalement. Au fil des années, et particulièrement à travers le kiteboarding, j’ai connu toutes sortes de conditions, de la brise légère aux vents les plus puissants. Mais à l’approche de la côte, je n’avais encore jamais affronté un vent d’une telle intensité sur une période aussi longue.

Le long de l’unique route permettant d’entrer et de sortir de la ville, des équipes travaillaient avec des pelleteuses et des bulldozers. Pas pour réparer la route, mais simplement pour assurer son entretien quotidien. Ici, le vent est tellement puissant que tout ce qui se trouve sur son passage finit par être balayé et érodé. Le sable du désert est déplacé en quantités impressionnantes et, sans intervention régulière, il recouvre entièrement la route, rendant l’accès à la ville impossible.

Le vent frappait les flancs de nos véhicules tandis que le sable fouettait chaque surface, saturant l’air et donnant au ciel une teinte kaki caractéristique. Andrea a commis l’erreur d’ouvrir la fenêtre. En quelques secondes, un véritable cyclone de sable s’est formé dans l’habitacle, recouvrant tout d’une fine couche de ce que la Namibie a de meilleur à offrir.

Mais notre refuge contre le vent n’a pas duré longtemps. Après autant d’heures coincé sur la banquette arrière, Andrea n’en pouvait tout simplement plus. Moins d’une heure après notre arrivée, nous étions déjà garés sur la plage, prêts à affronter les éléments.

Si tu n’as jamais vu quelqu’un tenter de maîtriser un vent d’une telle puissance, le spectacle est impressionnant. Et encore plus quand cette personne s’appelle Andrea Principi. Pendant que Noe, Craig, David et moi étions derrière les caméras ou aidions depuis la plage, Andrea passait presque plus de temps dans les airs que sur l’eau, envoyant dans des conditions que la plupart qualifieraient de dangereuses.

Ou, comme dirait Andrea : « Epic, bro. »

ION Journal Kiteboarding in Namibia
Xander Raith Kiteboarding in Namibia

Même si l’on pourrait penser qu’un vent autour de 60 nœuds n’est que passager, il ne nous a pratiquement laissé aucun répit pendant tout notre séjour en Namibie. Jour après jour, les prévisions annonçaient des vents d’une intensité proche de celle d’un ouragan. Des conditions rêvées pour le Big Air, beaucoup moins pour le freestyle.

Pour éviter de nous faire littéralement emporter, Noe et moi avons opté pour des sessions à l’aube. Nous quittions notre hébergement dans l’obscurité pour être sur l’eau dès le lever du soleil. Presque chaque matin, c’était une course contre la montre : rider autant que possible avant que la chaleur ne transforme la brise matinale en vent surpuissant. Et ce changement était presque instantané. Dès que le soleil commençait à monter, le vent pouvait passer de 20 à 50 nœuds. Chaque minute sur l’eau comptait.

L’objectif premier du trip était clair : kiter et ramener les meilleures photos et vidéos possibles avec les conditions que nous avions. Le kite dictait notre itinéraire, mais certaines des expériences qui me resteront le plus en mémoire se sont déroulées loin de l’eau.

Quand tu rides, et encore plus pendant un shooting, tu peux être tellement concentré sur l’instant et sur ce que tu dois faire que tu en oublies presque ce qui t’entoure. Sur la côte namibienne, difficile pourtant de ne pas prendre conscience de l’immensité du paysage. Ici, le littoral n’est finalement que la frontière du désert.

Les régions côtières sont souvent plus végétalisées grâce à l’humidité apportée par l’océan. Mais en Namibie, nous avons découvert la rencontre de deux déserts totalement différents. Là où le désert de sable s’arrête au bord de l’eau commence celui de l’océan. Où que tu regardes, il n’y a que deux horizons : le bleu profond de l’Atlantique d’un côté, l’étendue infinie de sable pâle de l’autre.

Par endroits, des groupes de flamants roses se rassemblaient sur la plage, leurs plumes éclatantes contrastant avec ce décor presque monochrome. Sur terre, nous avons également croisé certains des animaux emblématiques d’Afrique : zèbres, springboks, chevaux sauvages, autruches et bien d’autres.

Mais aussi fascinante que puisse être la vie sur terre, c’est l’océan qui nous a véritablement fait tomber sous le charme de la Namibie.

Presque chaque repas était accompagné de langoustes, que ce soit au restaurant ou autour d’un barbecue improvisé près des véhicules, en plein désert. Et quand ce n’était pas des langoustes, nous goûtions aux autres spécialités de l’océan namibien : moules, kingklip, thon local ou autres fruits de mer fraîchement pêchés.

Sur terre, nous avons exploré chaque recoin du désert environnant et découvert la cuisine locale. Sur l’eau, nous avions l’impression d’être des pionniers, probablement les seuls kitesurfeurs à des centaines de kilomètres à la ronde. Quand tu t’éloignes aussi radicalement du rythme effréné de la vie moderne pour rejoindre un endroit qui semble presque coupé du reste du monde, tu prends pleinement conscience de l’immensité qui t’entoure et de tout ce qu’il reste encore à découvrir.

Un an plus tôt, si quelqu’un m’avait demandé de lui parler de la Namibie, je n’aurais pas eu grand-chose à répondre. Je ne connaissais pratiquement rien de ce pays. Aujourd’hui, ma réponse serait totalement différente : la Namibie est une destination à découvrir absolument, même si tu ne viens pas pour les sports nautiques.

S’il ne fallait retenir qu’une seule chose de ce voyage, ce serait celle-ci : voyager, c’est ouvrir la porte à la découverte.

Du premier au dernier jour, et à travers tous les moments vécus entre les deux, ce trip a été une expérience incroyable. J’espère avoir un jour la chance de revenir dans cette partie si particulière du monde.

ION Journal Kite Roadtrip to Namibia